Taï-Do : un art martial français

logo de l'école française de tai-do

Pour mon article de la rentrée, et comme si je ne vous avais pas suffisamment raconté mes vacances, je viens vous en raconter un autre petit bout, parce que j’ai eu la chance d’avoir des conversations intéressantes.

J’ai la demi-conviction que, pour une raison que je n’ai pas encore éclaircie, c’est en sport que les Ultramarin-es sont les plus visibles, ou du moins, qu’on les trouve le plus facilement. Ajoutons à mon panier de demi-convictions l’idée que les arts martiaux sont très populaires en outre-mer. Encore une fois, idée pas vérifiée : ils le sont probablement autant qu’ailleurs. Je ressors donc de ma fulgurance avec une idée : écrire sur un art martial.

Je vous présente donc un quasi-invisible (parce que c’est aussi ce qu’on fait ici) : le Taï-Do.

The French Sensei*

*(le maître français)

Art martial français, ça veut seulement dire qu’il a été fondé par un Français, Robert Cassol. Pas de fromage entre les katas ni de bordeaux pendant les pauses.

Pratiquant plusieurs arts martiaux, les enseignant aussi, Maître Cassol s’inspire de tous ceux-là pour créer le Taï-Do, tout en s’éduquant à la philosophie qui préside certaines pratiques auprès de maîtres japonais, notamment Maître Mochizuki.

Robert CASSOL a repensé l’art martial avec l’état d’esprit, la culture occidentale qu’est la sienne, tout en tenant compte en permanence de cet esprit oriental des arts martiaux.

Depuis le site de l’École Française du Taï-Do

La naissance du Taï-Do répond à un besoin d’adapter les arts martiaux à certain-es de ses pratiquant-es, mais aussi à un besoin de trouver dans les arts martiaux autre chose qu’un sport centré sur la performance physique et la compétition. C’est pour ça que la deuxième chose qui caractérise le Taï-Do, c’est qu’il s’agit d’une école de vie. J’y reviendrai plus tard.

Voilà pour le gros de la théorie, du comment et du pourquoi.

Le Taï-Do par les taïdokas

Tout ça, je ne le savais que vaguement avant de parler aux taïdokas. Et, pour aller voir ce que ça donne en pratique, et comment les gens se sentent “en vrai”, j’ai été généreusement accueillie par la section de La Montagne, branche du Taï-Do club dionysien, le soir du pot de fin d’année.

J’ai interrogé sept personnes en tout, qui m’ont raconté chacun-e comment iels étaient arrivées là, comment ça se passait et pourquoi iels restent.

Quand j’ai demandé ce que le Taï-Do avait changé à leur vie, j’ai été à chaque fois submergée par de belles histoires. Plus de confiance, d’assurance, une forme de plénitude. Des pré-ados qui ont su où diriger leur énergie débordante et s’affirmer face aux autres, aux adultes timides qui se sont “remplis” au fur et à mesure des années de pratique, tout semble montrer que c’est un art martial qui fait la différence, et pas seulement (voire pas du tout) du point de vue de la masse musculaire. Bien sûr, on dirait que toutes ces réponses viennent d’une pub pour une méthode de développement personnel; c’est parce que le Taï-Do prend aussi soin de l’esprit.

Et c’est ça qui me fascine : la façon dont, à travers la routine de la pratique, le travail des techniques, le rituel d’une séance d’entraînement, le corps entraîne l’esprit à adopter une autre posture. C’est une idée avec laquelle la philosophie (celle que je chéris en tout cas) se régale déjà : le sensible est peut-être accidentel, mais il n’est pas indifférent, et la façon dont chacun-e est plongé-e constamment plongé-e dans ce monde, mais aussi se plonge dans lui, tout ça importe grandement. Et le Taï-Do (et sûrement d’autres pratiques “physico-spirituelles”), en est un parfait exemple.

C’est en discutant avec Marie-Lise, qui fait partie des plus ancien-nes membres du Taï-Do Club dionysien, que je l’ai réalisé. Elle m’a raconté comme sa posture de taïdoka s’était presque spontanément transposée dans sa vie professionnelle. Fondée sur les zones rouge et verte, respectivement celle du danger et de la vulnérabilité, et celle de la sécurité, c’est une attitude qui permet de prendre la mesure de la situation, et d’adapter sa réaction. Elle m’a raconté comment elle a appris le recul et le détachement, et comment elle a pu gérer des situations de conflit, qui concernaient son équipe ou elle-même.

J’en suis restée admirative.

Ensemble c’est mieux

L’autre côté assez surprenant de cette section de Taï-Do, c’est le nombre d’instructeur-rices qui sont diplômés et qui permettent de renouveler et de faire continuer les sections. On dirait que le grade de 1er dan amène automatiquement le passage du Diplôme d’Instructeur Fédéral, comme si c’était tout tracé. Un peu comme dans une grande fratrie où les plus vieilles-eux s’occupent spontanément des plus petit-es. D’ailleurs, la rhétorique de la famille est beaucoup revenue pendant ces entretiens.

Personnellement, toutes les fois où j’ai rencontré ce genre de discours, soit je détestais sincèrement la photo de famille qu’on me proposait, soit ça se démentait très vite. D’habitude ça sonne un peu creux. Mais je dois avouer que passé mon scepticisme habituel pour les expressions de bons sentiments, ça semble se vérifier, au moins un peu. On parle quand même de soirée karaoké, pique-niques et autres régalades communes. C’est probablement l’absence de compétition qui permet à cette ambiance “familiale” de se développer. Après tout, c’est bien pratique de sortir du cadre de la performance compétitive sur le tatami. Ça laisse de la place pour de la bienveillance, de l’entraide, et des pots de fin d’année une fois l’entraînement fini.

Le moment fierté ultramarine (encore)

Alors, c’est fascinant ce que l’art martial apporte à la vie, et ça fonctionne aussi un peu pour le sport en général. Faites bouger votre corps, ça fera bouger quelque chose dans votre vie. Mais si ça s’arrêtait là, je vous aurais envoyé une carte postale avec les premiers frais d’adhésion, le tout emballé dans un kimono tout neuf. Je n’aurais peut-être pas fait un article ici.

Le dernier point qui m’intéresse, c’est que La Réunion compte pas mal dans l’organisation de l’École de Taï-Do, et pèse lourd par son nombre d’adhérent-es. Sur les quatre cent adhérent-es au niveau national, La Réunion compte cent huit adhérent-es, soit quasiment un quart du total. Ça n’arrive pas en un jour, et pas par hasard non plus. L’immense travail bénévole des responsables du Taï-Do Club Dionysien, entre autres, permet de donner une visibilité locale au Taï-Do, de faire croître le nombre d’adhérent-es, et ainsi de faire continuer la pratique.

“La Réunion compte pas mal”, parce que les instructeurs en viennent à mener des stages en métropole, et à gagner en responsabilités : Enrico, responsable de la section de La Montagne, est aussi trésorier adjoint de l’École, en plus d’être président du Taï-Do Club Dionysien et trésorier de la Ligue de Karaté à La Réunion. Jacky Lebon, le responsable régional pour La Réunion, est quant à lui le président de l’École Française de Taï-Do. Rien que ça.

C’est bien la peine de le mentionner, parce que l’ensemble du Taï-Do se trouve en ce moment à un carrefour. Fondé en 1976, le Taï-Do est un art martial encore jeune : le fondateur est encore (mais plus pour longtemps) vivant, et prépare son départ. La question de l’avenir de l’École se pose.

Je ne vais pas entrer dans les détails, ni plaider quoi que ce soit. Mais je remarque que La Réunion a une place importante dans les décisions qui vont être prises au niveau national, ça change de d’habitude. Quel que soit le résultat final, une place comme celle-là, c’est le point de départ d’opportunités différentes.


Je tiens à remercier Corrine, Enrico, Lucas, Marie-Lise, Rafik, Sylvie et Yoann pour avoir accepté de me raconter des petits bouts de leurs vies sur le tatami !

Fondatrice d'Ultramarines, métisse perdue mais en perpétuelle recherche. J'aime le soleil, la mer et les brun⋅es ténébreux⋅ses. Je tente des trucs.

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Une réponse à “Taï-Do : un art martial français”

  1. […] ne rime pas avec tatami ? tant […]

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