Six semaines par an – recul

Chère été,

Comme prévu, je vais de déception en déception maintenant. Mais (comme d’habitude ?) je reprends du poil de la bête pour ne pas laisser les autres abattre mes vacances.

Je t’ai parlé du vernis du changement qui m’éblouit continuellement depuis mon arrivée. Cette semaine, place à la distance. Je suis partie, j’ai adopté une nouvelle perspective sur le monde, sur moi-même, sur là d’où je viens, entre autres. J’ai revêtu des nouvelles lunettes pour tout, en quelque sorte. Alors quand je suis revenue, ce sont des choses nouvellement anciennes qui m’ont sauté aux yeux, écœuré, ou réjoui.

Les voitures. Partout, des voitures, tellement que ça m’écœure, d’autant plus qu’on est sur une île, qui connaît déjà les embouteillages rituels des déplacements pendulaires d’un de ses bouts à un autre. Le pendant de la question, c’est le réseau de transports en commun, dont la qualité est extrêmement variable d’un bout à l’autre de l’île. Et pourtant, tout est bouché, tout est plein, tout le temps. Ça me fatigue.

Les poubelles de Saint-Denis ont disparu, je crois. Ou alors elles n’ont jamais été très nombreuses. C’est un mystère que je me propose d’élucider, mais ça me renforce aussi dans mon idée que cette île devrait être un modèle de gestion et de réduction des déchets, vu que c’est une île. On ne devrait jamais exporter ses déchets.

Les centres commerciaux ont tous eu droit à un coup de jeune, des extensions, des nouveaux arrivants, alors que tout le reste de l’île a l’air endormi dans sa vieille couverture pourrie. J’en suis encore sidérée. Les boutiques passent, le reste demeure. Encore un coup d’écœurement. Et je ne me surprends qu’à peine à admirer les bouts de ruine que je trouve dans les coins des villes, avec leurs lianes, leur lierre et leurs vieilles pierres.

Ça me donne à penser, ça me fait réfléchir, même si ça m’abat beaucoup. Je crois qu’il m’est enfin tombé dessus, le sentiment d’appartenance doublé d’indignation qui fait que je ne veux pas voir mon île se délabrer et disparaître au fil des aberrations des politiques sociales ou d’aménagement. Enfin, je la réclame, ma place ici.

Fondatrice d'Ultramarines, métisse perdue mais en perpétuelle recherche. J'aime le soleil, la mer et les brun⋅es ténébreux⋅ses. Je tente des trucs.

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