Six semaines par an – attaches

Chère été,

Pour la carte de ma cinquième semaine, c’est le drame : je n’ai pas envie de partir, c’est le pic de ma crise existentielle.

Qu’est-ce que je vais quitter ? Une douceur de vivre, teintée de politique scandaleuse et de conditions sociales comme des plaies béantes qui saignent de temps en temps, des aménagements absurdes par endroits, des gens adorables, un confort à être près d’une partie de ma famille. Tout ça s’emmêle pour créer une espèce de bain rassurant (mais je te l’ai déjà dit).

Et de l’autre côté de l’océan, qu’est-ce que je rejoins ? Un monde en feu dont cette île semble parfois être coupée, une urgence d’agir, plein de raisons de vivre, d’agir, de philosopher. Non pas que cette île n’en ait pas non plus, c’est juste plus frappant là-bas. Cette impression de cocon ici et du reste du monde là-bas continue (malheureusement ?) à présider mon rapport à cette île. J’aurais sûrement besoin de temps pour m’en défaire, beaucoup de temps.

Alors fatalement, je me demande quelle mouche m’a piqué pour que je prenne un vol retour. J’ai rempli ma part du contrat, fini mes études, eu mon diplôme. Cette île rêvée, chérie et familière devrait me raccueillir, à bras ouverts. Du moins c’est le mythe qu’on entretient.

Je vois bien que la vie est douce, mais je suis tiraillée : je ne tient pas en place, je ne me vois pas passer ma vie ici ou là-bas, en restant au même endroit, en train de prendre racine et me transformer en Ent*. Le monde est si grand que j’ai toujours une frustration de ne pas bouger, de ne pas être ailleurs, au fond de mes os. Ça chatouille.

Pour l’instant, j’envisage seulement des possibilités de faire quelque chose de cette frustration.

À bientôt, la tête dans ma valise ou ma valise sur la tête,


*en reregardant la scène je me dis que ça pourrait donner quelque chose de classe, genre moi entre Ent et Grand-mère Feuillage, enracinée dans la forêt de Bébour, en train de pester contre les touristes en les agrippant…

Fondatrice d'Ultramarines, métisse perdue mais en perpétuelle recherche. J'aime le soleil, la mer et les brun⋅es ténébreux⋅ses. Je tente des trucs.

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