Revenir un jour ?

Un coucher de soleil vu d'avion

Je fais des études à Lyon. Ça fait bientôt deux ans que j’y suis, et j’en suis plutôt contente : j’étudie ce que j’aime, la ville est agréable, j’ai rencontré des gens chouettes, je suis devenue un peu plus une adulte.

À la rentrée je serai en dernière année de Master, et je suppose que c’est ma dernière année d’études. J’aimerais bien étudier toute ma vie, mais j’ai le sentiment que ce n’est pas ce que je veux faire maintenant. Et une question commence à me tarauder.

Quand j’ai quitté La Réunion, mes parents étaient persuadés que je ne reviendrais pas y vivre avant longtemps : le temps de se faire une bonne vie, un bon parcours, tout ça en métropole, et puis seulement revenir se poser sur l’île une fois que tout ça serait lancé, ou fini. C’est ce qui est arrivé à beaucoup de gens de ma famille (coucou mes cousin⋅e⋅s). Ils m’ont mis cette idée en tête, et j’ai du mal à m’en défaire. Mais ce n’est pas uniquement de leur faute. Les outre-mers sont des périphéries, et dans la France organisée et perçue comme elle l’est aujourd’hui, il faut se rapprocher un peu du « centre » pour gagner en crédibilité, avoir une réputation, être attractif, que sais-je encore. Le top du top : Paris, et puis les grandes villes. Le fond du panier : les outre-mers. Pour des raisons qui me sont encore obscures, il paraît que l’enseignement n’y est pas de même qualité, ce qui justifierait la position dans le panier, et l’idée qu’il faut partir pour avoir de vraies chances.

Et me voilà, au début de la fin de mes études qui ne m’assurent pas du tout une position professionnelle (bouh les sciences humaines), en train de me demander si vouloir faire ma vie ici plutôt que là-bas est vraiment une idée justifiée, et une bonne idée. J’adore voyager, et l’idée de construire ma vie autour d’un seul endroit m’effraie terriblement. Mais j’aimerais bien aussi avoir un endroit à moi, un petit jardin avec une petite maison et mes petites affaires. Deux ans que je suis à Lyon, et j’ai vu mes ami⋅e⋅s partir faire des semestres ou des années à l’étranger, et je me suis sentie bête de simplement rester là. Pour voyager, tout est plus facile d’ici ; tout est plus proche. Mais c’est sans compter l’ailleurs à proximité de là-bas.

Là-bas, tout m’est familier, je ne me sens pas trop comme une étrangère. L’idée de revenir m’y poser me paraît toute banale, elle ne m’enthousiasme pas vraiment, mais quand je pense à un endroit où je vivrais bien pendant longtemps, c’est l’île qui revient en première position. Normal, je l’ai déjà fait, j’ai grandi là-bas.

Ici, beaucoup de choses sont plus faciles, plus accessibles (Arctic Monkeys compte beaucoup), mieux faites. Est-ce une raison pour rester ici, de façon tout à fait confortable en se désintéressant de tout ce qui se passe là-bas ? Je me disais, de toute façon je ne suis pas de là-bas, je n’ai pas ma place ; de toute façon je ne suis pas d’ici non plus ; je pourrais aller partout, puisque personne ne m’a gardé de chaise nulle part, je pourrais être sans attaches et me promener toute ma vie jusqu’à ce que la fatigue m’arrête pour toujours. Ça n’est jamais si simple. Peut-être que c’est la distance qui me permet de le voir, ou l’ailleurs dans lequel je vis, mais maintenant je vois tout ce qu’il est possible de faire là-bas, toutes les opportunités. Je suis ici, mais j’ai les yeux rivés vers là-bas, parce que là-bas il y a ce que je connais, pour y avoir grandi. Peut-être que j’ai juste un accès de mal du pays.

J’ai voulu partir sans jamais revenir. Maintenant je me demande si revenir veut dire ne plus jamais partir. On pourrait dire que les études, c’est une situation type « partir pour mieux revenir », mais justement, ça ne me rassure pas. Les lieux ne sont pas là pour qu’on y reste, si ? Il y a tellement de lieux…

Bon, nartrouv l’été prochain.

Fondatrice d'Ultramarines, métisse perdue mais en perpétuelle recherche, plus-pour-longtemps étudiante en philosophie. J'aime le soleil, la mer et les grand⋅es brun⋅es ténébreux⋅ses.