Les Lundis Frissons #2 – La Timize

Cher.e.s lecteur.rice.s assidu.es de Ultramarines, bonsoir !

La semaine dernière, je vous ai raconté l’histoire de la fameuse Grand-Mère Kal. Pour débuter la chronique, cela m’avait paru normal de commencer par un classique. Mais les petit.e.s Réunionnais.e.s parmi vous l’auront remarqué, c’est tellement un classique que vous avez pas découvert grand-chose. J’ai un peu joué la facilité. C’est pourquoi cette semaine je vous parle de la légende d’une bête peu connue, d’un monstre vivant dans la forêt reculée de l’île et dont le cri effraie encore les habitants des hauts, donc criké…

craké !

LA TIMIZE

Il était une fois, un petit village des hauts de l’île perdu au milieu d’une vallée s’appelant Grand Bassin. Tellement perdu en fait qu’il n’y avait, qu’il n’y a et qu’il n’y aura sans doute aucun moyen d’y accéder que par la marche. Et quelle marche ! Un précipice de plus de 700 m de haut, tellement profond que le soleil n’est présent qu’une petite partie de la journée. Une belle randonnée qu’on peut faire en deux jours si l’on n’a pas le courage de remonter le MUR le jour même. Il faut cependant dormir en bas, et pas sûr que vous allez encore vouloir après avoir entendu parler de la Timize.

Parce que c’est dans ce village reculé qu’aurait élu domicile ce monstre. On raconte que depuis que des êtres humains foulent la terre de cette vallée, certain.e.s disparaissent la nuit, emporté.e.s par une énorme bête volante. Certain.e.s ont senti un grand souffle sur eux le soir, accompagné d’un ricanement. Quelque fois, au milieu de la nuit, on entend un grand cri strident, entre un hennissement de cheval et un cri de douleur humain, long et puissant. La bête serait tellement grande et noire qu’elle éteindrait la lumière des randonneurs dans la nuit, pour mieux les perdre.

Longtemps des rumeurs ont circulé, et l’on a fini par donner un nom à cette bête, insaisissable mais dont les cris sont bien présent : La Timize. Les habitants de Grand-Bassin ont grandi avec cette légende, terrifié.e.s quand la nuit venait.

Contrairement à Grand Mère Kal, les témoignages sont réels. On a des sources audio de ces cris, enregistrés et certifiés. Jusqu’aux années 1970 on a jamais pu savoir quel était ce monstre.

Jusqu’aux années 1970 donc.

À cette époque, on réussi à le capturer. Et le terrifiant monstre noir au cri démoniaque s’est trouvé être …

© Wikimedia commons

Ce petit farceur.

Ce drôle de petit oiseau s’appelle le pétrel noir (Pseudobulweria aterrima). Et il n’est pas si grand que ça, une vingtaine de centimètres et moins d’un mètre d’envergure. Il n’a pas l’air plus dangereux que ça non plus. En fait, c’est l’un des oiseaux les plus rares du monde, à tel point que l’espèce a longtemps été considérée comme éteinte. Les grands escarpements rocheux aux alentours lui permettraient de nicher et de s’envoler.

En effet, le pétrel est un oiseau qui ne peut prendre son envol que depuis un point en hauteur. Les éclairages publics l’attirant, il s’échoue le plus souvent en milieu urbain et ne peut plus s’envoler à nouveau. Cette première raison et le fait qu’il aurait subi le braconnage des l’arrivée de l’homme sur l’île, Il resterait entre 10 et 40 couples d’oiseaux dans le monde entier, et ils ont élu domicile … à Grand-Bassin ! L’espèce est aujourd’hui classée comme État critique de conservation [CR] par The International Union for Conservation of Nature (IUCN).

C’est assez cocasse de se dire qu’il a quasiment disparu à cause des humains, qui ont bousculé son mode de vie, qui s’en sont servi comme viande et comme pièce de collection de musée, mais qui sont aujourd’hui incapable de reconnaître son cri.

Le cri de la Timize a été enregistré par la Société d’Etude Ornithologique de la Réunion (SEOR) et le programme Life+ Petrel , que l’on peut écouter sur leur site, et on comprend aisément pourquoi il a pu faire peur à n’importe qui au milieu de la nuit.

Donc si d’aventure vous vous aventurez dans les tréfonds de Grand-Bassin, ne prenez pas garde à son terrible cri. Vous lui faites sûrement plus peur que vous avez peur de lui.


Sources :

Sur les Pétrels de Bourbon
Site de la SEOR
Site du programme Life + Petrel
Site de l’IUCN