Dirty Computer, pour les invisibles

Vignette de rubrique : perspectives

Pour ce seulement second épisode des perspectives que l’on prend, je vous fais encore écouter des choses. Une chose, si on peut dire. Le dernier album de Janelle Monáe, Dirty Computer. Ambiance, intro, générique :

“I’m the random minor note you hear in major songs”1

Avant d’expliquer que j’arrive déjà un peu tard, parce que l’album est sorti en février 2018, quelques éléments de bio de Madame Monáe, au cas où cette perspective serait aussi une recommandation :

Ça vous arrive sûrement aussi, découvrir des groupes, des chanteur⋅euses qui ont une assez longue carrière déjà derrière elles⋅eux seulement quand iels “perçent”. C’est un peu ce qui m’est arrivé (et je ne dois pas être la seule) avec Janelle Monáe et Dirty Computer.

Elle officie en musique depuis 2010, date de la sortie de son premier album ; elle n’est pas nouvelle dans le milieu, parce que même qu’un an plus tard, on l’entendait dans le tube de fun., “We Are Young”, faire ce que l’on pense que les femmes font le mieux dans les chansons populaires (avec toutes les précautions du terme) — les chœurs.

On remarque déjà, aux intitulés de ses albums, un espèce d’intérêt constant pour la technologie et notre rapport à elle : The ArchAndroid, The Electric Lady, Dirty Computer… quelque chose fait son chemin, et culmine — à mon avis — dans ce dernier album.

Pour finir de la présenter, il faut aussi (surtout ?) souligner qu’elle officie dans les oreilles et dans les yeux : déjà, oui, j’ai envie de regarder ses dix-huit clips, parce que ceux de l’album sont hyper hyper bien (surtout celui des vulves). Pour sa filmographie, citons les films remarqués Les Figures de l’ombre et Moonlight, mais aussi (on me le dit dans l’oreillette) le film Harriet qui sortira bientôt (novembre aux États-Unis), retraçant la vie de Harriet Tubman, esclave devenue abolitionniste.

Pourquoi Dirty Computer vous fera du bien

Si vous lisez ça y’a des chances que vous vous sentiez tout⋅e seul⋅e, loin de chez vous, incompris⋅e, rejeté⋅e. Alors écoutez cet album.

Écoutez cet album parce qu’il est pour les cassé⋅es, celleux que le système de valeurs, mais surtout le système de normes considère comme déviant⋅es, pas “normales”, et cherche à réparer, et ne laisse jamais tranquille.

Janelle Monáe, elle sait ce que c’est, c’est une femme noire queer aux États-Unis. Et elle chante une communauté à constituer entre discriminé⋅es, ou marginalisé⋅es, et autres qualifié⋅es de différent⋅es. Elle en fait une fête qui reste tout le temps politique quand même (les vulves, tout ça, mais aussi) : à plusieurs moments de l’album (“Crazy, Classic, Life”, “Stevie’s Dream”, “Americans”), on entend des bouts de discours, de Stevie Wonder et du Pasteur (Reverend) Sean McMillan, qui se superposent à une bande son pop et/ou R’n’B. Si vous préférez la politique des affirmations, plein de moments sont assez jouissifs, comme “I’m not the american nightmare, I’m the american dream”2, ou bien “I got the juice”3, et bien d’autres que je ne relève pas de mémoire.

Et pour saisir dans sa totalité les thèmes de l’album, et des différents titres, rien de mieux que de regarder l’emotion picture (je vous ai dit qu’elle officiait dans les yeux et les oreilles) ! Finalement tout est bien résumé là-dedans, les clips sont là, les sons sont là, les enjeux aussi, tout tout. Regardez par vous-mêmes :

Bon, et vous en pensez quoi alors, vous ? Go “commencer la discussion” pour nous laisser vos commentaires et impressions !


¹ dans “I Like That”, le dixième titre de Dirty Computer
² dans “Crazy, Classic, Life”, le deuxième titre de l’album
3 dans “I Got the Juice”, neuvième titre

Fondatrice d'Ultramarines, métisse perdue mais en perpétuelle recherche. J'aime le soleil, la mer et les brun⋅es ténébreux⋅ses. Je tente des trucs.

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