Affaire au Barachois

Toute la promenade du Barachois vient coiffer tout l’extrême nord de l’île.

Elle commence un peu après notre préfecture et se termine un peu avant une boite de nuit. C’est d’ailleurs l’affaire de quelques mètres que le point le plus au Nord de l’île eût été l’arrière d’une discothèque.

On y vient pour voir les eaux grises mordre les galets noirs, ou bien pour jouer à la pétanque au grand boulodrome installé là depuis qu’on marche sur cette partie de l’île, ou bien depuis qu’on y joue au boules, ces dates se croisent certainement de toute façon.

Il y a aussi des aires de jeux pour enfants, une fontaine, des bancs publics. On y fait le marché de Noël en fin d’année, le Marché de Nuit les premiers samedis du mois, et la plupart des manifestations s’achèvent ici, après une joyeuse descente de la rue de Paris.

Il y a aussi neuf canons, que l’île pointa vers le large en prévision d’une attaque des Anglais il y a plus de deux siècles de ça. Manque de chance, ils débarquèrent de l’autre côté de l’île.

Rares sont les mariages ici qui ne se terminent pas par un shooting photo devant ces canons, au coucher du soleil. Et encore plus rares sont les maisons qui n’ont pas au mur ce cliché d’un mariage de parents ou grands-parents devant ces canons.

Cette lourde artillerie est souvent chevauchée par les petits et grands enfants, ou bien par les gens trop ivres qui viennent se libérer de leur alcool ingéré dans les bars alentours, au grand air frais du large.

C’est donc à califourchon sur l’un des canons, une nuit, qu’une femme attendait son client.

Il arriva enfin, il était plus d’une heure du matin. Il restait au niveau du parking, et voyait bien la silhouette de la femme sur son canon, que le lointain lampadaire permettait de deviner. Il fit le tour de sa voiture, s’assurant de l’avoir bien fermée, refit ses lacets, et aplatit ses courts cheveux sur son crâne. Tout était un bon prétexte pour retarder le rendez-vous qu’il avait avec cette femme.

C’est un ami qu’il avait rencontré plutôt en terrasse de la Brasserie le Roland Garros (juste de l’autre côté de la rue) , et qui était au courant de tous ses déboires amoureux, qui lui avait conseillé les services de cette personne.

Quelques années auparavant, la mère de ses enfants le quitta pour un autre. Quelques mois auparavant, il avait retrouvé l’amour, mais quelques jours auparavant, son nouveau compagnon le quitta pour une autre. Alors il fit appel à cette femme, dans l’espérance que bientôt, ses soucis aussi amusants dans la forme que déchirants dans le fond, il n’y pensera plus.

René était frigorifié et se tenait fort à sa veste verte. Le vent du large manquait de lui arracher ses lunettes de vue, et paressait presque aggraver sa calvitie. Il fallait tout de même qu’il se décide à y aller, ses poches étaient pleines de liquide prévu pour la transaction prochaine. Il n’y avait personne d’autre qu’elle, l’esplanade était désertée, certes c’était un mardi, mais tout de même, pas un ivrogne, pas même un des habituels groupes de jeunes ou de pêcheurs. De temps en temps des voitures passaient vite, trop vite, et leurs vitres ouvertes partageaient leur trop forte musique à la ville qui se lèverait dans quelques heures à peine.

Il se rendit aux canons. « Bonsoir. » qu’il lui dit. Elle glissa le long de son perchoir et fit la bise à René. « C’est Mr. Legendre qui m’a recommandé de vous appeler, c’est moi que vous avez eu au téléphone. » La femme tira une de ses mains de son lourd manteau gris et fit comprendre qu’elle réclamait son prix. En sortant les billets de ses poches, il ne pu s’empêcher de se justifier en comptant les coupures  : « Vous savez, madame, c’est la première fois que j’ai recours à ça, mais je suis désespéré il faut me comprendre, mes mariages… » Elle lui fit signe de se taire, et sortit de son mini short un petit calepin et un crayon à papier. Elle prit enfin la parole :

« Vous allez me donner tous les détails dont j’ai besoin sur la personne à abattre »

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