Six semaines par an – rites

Chère été,

Peut-être que tu te demandes quelles sont les premières choses que j’ai faites en rentrant (ou peut-être pas). Cette semaine, en plein ventre mou des vacances, je me demande un peu pourquoi je reviens. C’est bizarre.

Je reviens prendre une dose de Heimat, de connu, de rassurant. Je savais dans un coin de ma tête que tout ne serait pas tel que je l’avais laissé avec une couche de poussière, mais le changement me surprend quand même parfois. Je viens retrouver les choses que j’ai connues et qui me réconfortent sous le vernis de leur changement inexorable.

Je t’avoue que c’est beaucoup de mélancolie et un peu d’angoisse (que je m’efforce de cacher sous le canapé à grands coups de pieds — là tout de suite c’est moi qui suis sous le canapé). Mais ça apaise un peu mon existence, je crois. Revenir écouter le bruit des cailloux qui veulent partir avec le ressac sur la plage de Saint-Paul, ramasser des filaos en famille, découvrir les marmites, marcher jusqu’à l’abribus à bout de souffle, écouter ma grand-mère me demander si je veux une limonade, ou découvrir les nouveaux bébés de ma famille, tout ça me crée une espèce d’atmosphère protectrice (comme pour les produits secs) existentielle.

Passées mes déceptions et mon flot indompté d’émotions chaotiques, j’en tirerai probablement un bilan plus optimiste que ce que je voudrais hurler maintenant.

À tout bientôt,