Six semaines par an – passagère

Chère été,

En attendant ton arrivée officielle, je suis partie. Rentrée chez moi, là où je ne me pose plus qu’un peu la question de ma place.

L’excitation du départ m’a gagné presque immédiatement après l’achat de mon billet. Je comptais les jours. Ça ne m’était jamais arrivé, d’avoir si hâte de rentrer, mais j’étais là, au milieu de mes ami-es qui revenaient de week-ends en famille, à la cambrousse ou dans les Alpes, à penser seulement au moment où je sortirais de l’aéroport près de la mer pour rejoindre mon abri existentiel.

À J-3, j’arrive déjà chez de la famille, plus près de l’aéroport. Mon unique valise et mon sac à dos sont prêts, je me rappelle ce que j’aurais bien voulu emmener finalement mais que j’ai laissé dans l’autre ville. Tant pis, je ferai sans, je trouverai sur place, ça n’est pas l’essentiel. Je suis là, en pleine conscience, j’y vais et ça sera très bien. C’est ça, l’essentiel. Ça sent les vacances, j’ai hâte de voir le soleil et le garage.

Le jour J, c’est un peu comme si je ne réalisais pas ce que je faisais. Plus j’avance dans la journée, plus je me rapproche de mon objectif. Ce soir, je vole vers ma destination existentiellement (un peu) apaisante. Rien ne me frappe vraiment encore, mais je suis là, je m’enregistre, passe les contrôles de sécurité, avance vers mon siège en suivant les conseils d’une hôtesse. Assise, j’entends autour de moi des éclats de conversation en créole, ou en français avec cet accent qui réchauffe tout drôlement le cœur, pour une raison qu’il n’est pas nécessaire de découvrir.

Je me souviens de la place que j’aime occuper ici : je me fais petite souris. C’est un peu une manière d’apprécier ce qui se passe ici, et le comment ça se passe aussi, en plus de pouvoir questionner le tout, d’un point de vue pas tout à fait extérieur, mais pas tout à fait intérieur non plus. Depuis le trou du mur.

J’ai cru que la première nuit de mon retour serait difficile, ou marquée par un rêve étrange, une réaction atavique au petit matin. Mais non. Tout va bien : je me suis réveillée, et c’était (presque) comme si je n’étais jamais partie. Je réalise que j’ai trouvé mon ancre, le paquebot que je re-découvre sans arrêt, et depuis lequel ma petite barque navigue vers d’autres lagons.