Six semaines par an – fantasmes

Chère été,

Hâte toi, lentement si possible. Revenue dans mon cocon familier où tout (ou presque) est rassurant, je n’ai ni envie de partir, ni envie de me noyer à nouveau dans la mer de l’existence.

Le truc, c’est que — comme tout le monde — j’ai fantasmé mes vacances tout le temps avant de sortir de l’avion. Je me suis dite, j’irai des plages aux montagnes toute la journée (peut-être pas mais c’est l’idée), je serai toujours contente parce que quoiqu’il arrive, le soleil m’accompagnera et je finirai peut-être enfant de la nature, guidée par elle et à son écoute.

La vérité, c’est que je suis fatiguée. Tous les jours, et parfois très vite. Et parfois moins, mais après une journée-type-de-demi-touriste-comme-je-l’imagine, je dois être fatiguée. Mais heureusement pour moi, 1) je ne fais pas des journées de touristes tous les jours, 2) je ne suis pas du genre à m’épuiser d’excitation ajoutée aux activités, 3) la réalité du planning de tout ce que je veux faire joue contre moi.

Ma chère saison préférée, je sais que quand tu arriveras (la semaine prochaine), ce sera déjà presque la moitié de mes vacances, donc bientôt la fin : je me hâterai de tout faire, ou de prévoir des choses dérisoires. Je commence à compter les jours, les semaines, peut-être bientôt les heures qu’il me reste. Je commence à anticiper les regrets que j’aurai dans le vol retour. Je m’enferme à nouveau dans ma tête alors que je gagnerais à aller, courir, voler et me venger du peu de temps que j’ai pour faire de ces vacances une cure existentielle contre ce qui m’attend au retour.