Le Port/Incheon

photo d'une femme devant un palace coréen, en plan large

Est-ce que vous aussi vous avez cet⋅te ami⋅e qui adore la k-pop ? Si oui, je ne vais pas lui taper dessus, pas d’inquiétude. Si non, ne tapez pas dessus quand vous en aurez un⋅e, c’est pas sympa.

Elle est une ami⋅e très chère à mon cœur et un peu particulière ; notre relation a survécu au lycée (ce qui est déjà beaucoup), et à la suite aussi (ce qui est encore plus). Bref, intérêt vif et durable pour la k-pop de son côté, qui se double par une curiosité sur toute la culture coréenne : cuisine, société, histoire, peut-être politique. Alors quand en 2017 elle est allée passer un semestre dans une université coréenne, et que j’ai voulu faire parler les ultramarin⋅es quelques mois plus tard, je me suis dit que son voyage serait peut-être intéressant à raconter. J’ai donc interrogé Hanemone sur son séjour à Incheon, premier voyage de sa vie, sans famille, avec amis, et un peu de stress aussi.

Pas d’attentes

Tout commence donc à l’Université de La Réunion : en deuxième année de licence de Sciences de la vie, Hanemone apprend l’existence d’un programme d’échange avec une université coréenne, sur un semestre (de septembre à décembre). “Fan de Corée”, elle se dit que ça serait quand même génial de partir un semestre là-bas, de découvrir l’envers de ce que l’on montre et vend dans les clips de k-pop et dans l’industrie de la musique.

En se disant, pour une raison obscure, qu’elle n’a aucune chance d’y aller, Hanemone commence les démarches pour entrer dans le programme. Paperasse remplie, dossier examiné, elle est retenue pour l’entretien. Le but ? déterminer les aptitudes des étudiant-es à partir ou non. L’entretien se passe en anglais, devant un jury qui lui demande pourquoi elle veut partir, qu’est-ce qui l’intéresse dans la culture coréenne, quel est son projet professionnel et ce que tout ça pourrait lui apporter. Tout se passe bien.

L’ensemble des démarches, jusqu’à l’obtention du visa, se passe bien ; tout se concrétise doucement, mais Hanemone n’y croit pas trop. Comme si tout se révélerait finalement n’être qu’une grande blague, façon Truman Show. Mais ça avance, et jusqu’au moment où elle s’assoit dans l’avion, elle attend donc le truc, le problème, le “désolé ça ne va pas être possible” qui va la faire rester faire son semestre à La Réunion. Et l’avion décolle. C’est parti pour le premier voyage de sa vie, dans le pays dont elle parlait toujours sur le mode du “un jour”. Ce jour là est arrivé assez vite, finalement.

“Guess I’ll fly”

Je dis que tout se concrétise doucement, mais ne pensez pas qu’il a suffi de commander son billet un jour sans trop s’en soucier. D’une, on part de La Réunion. Tous les billets, quels qu’ils soient, sont chers. De deux, on part en Corée, qui n’est pas une destination directe depuis l’aéroport Roland Garros. Hanemone et Bernadette, qui sera son acolyte pendant ce semestre à l’étranger, se coordonnent à la commande des billets pur être sûres de monter dans les mêmes avions, et d’arriver à la même destination. Première quête de l’aventure coréenne : trouver les billets les plus abordables, dans la mesure du possible.

À coup de réservations au milieu de la nuit et d’heures passées au téléphone, elles ont un trajet Saint-Denis – Incheon. Pas du tout direct, plein d’escales et de compagnies low-cost (même si certaines n’en avaient pas l’air). En tout, ça donnait quelque chose comme Saint-Denis, Paris, Dubaï, Singapour, Incheon.

Après plus d’une vingtaine d’heures de voyage, temps de vols et temps d’escales compris, le duo arrive à sept heures à l’aéroport d’Incheon. Direction le campus d’Inha University (lien en anglais). Un trajet en métro, deux places prioritaires volées et une carte Tsimoni (carte de transports) plus tard, elles arrivent pour s’installer dans les dortoirs (l’option la plus abordable, mais pas la seule). Bernadette et Hanemone se retrouvent dans des dortoirs différents, chacune avec trois autres étudiantes. Là, au sommet de la technologie ou au début d’une vaste dystopie, les portes s’ouvrent grâce aux empreintes digitales des étudiants de la chambre. C’est un dortoir drôlement bien équipé : un Konbini (commerce de proximité ouvert 24/7), une salle de gym, entre autres choses inspirantes mais qu’on ne va pas vraiment utiliser, à moins que ça soit au programme des cours.

On est là pour apprendre

Deuxième quête de l’aventure coréenne : s’inscrire aux bons cours. La mission de Bernadette et Hanemone, puisqu’elles l’ont acceptée, sera de choisir les matières les plus proches de celles qu’elles auraient eu à La Réunion, mais aussi celles enseignées en anglais. En quelques mois, pas eu le temps de maîtriser le coréen niveau C1.

Heureusement pour elles, tout ne se fait pas a priori. La première semaine de cours permet de les essayer tous, pour voir ce qui correspond aux intitulés et ce qui vend du rêve sans scrupule pour le retour à la réalité. Un truc qui n’a pas aidé, c’est qu’il s’agit de matières scientifiques : les autres étudiant-es réunionnaises qui étaient là ont aussi dû choisir les matières en anglais, mais elles étaient dans des domaines littéraires, ce qui a peut-être joué en leur faveur. Bref, les deux seules étudiant-es étrangères dans la faculté coréenne de biologie, c’est Bernadette et Hanemone.

Première semaine de cours, premier cours signalé en anglais. Elles arrivent, s’installent, et là un des étudiants leur dit que le prof voudrait les voir toutes les deux. Direction le bureau du prof, qui leur annonce tranquillement que même si sur le papier le cours est en anglais, il le fera en coréen, parce que les étudiants sont de toute façon très mauvais en anglais. Voilà un premier “désolé ça ne va pas être possible” (faites vous mêmes la traduction en coréen). Et comme ça à répétition : les profs leur font bien comprendre que ça désavantagerait plus d’étudiants de faire le cours en anglais. Alors, soit iels haussent les épaules d’un air impuissant, soit iels se mettent à leur faire des explications personnalisées en anglais, à la fin du cours. Heureusement, les manuels en anglais sont compréhensibles, et un peu plus que l’engrish des professeurs.

Émerveillement insolite

C’était la première fois que je posais des questions à quelqu’un pour un article, alors j’ai posé des questions un peu banales, comme ce qu’elle avait découvert de nouveau pendant son voyage.

coffee shops partout, café chaud nulle part

Apparemment la mode un peu hipster (on dit encore ça ?) des coffee shops n’a pas encore pris à La Réunion. Mais comme dans toute grande ville qui se respecte, Incheon a son lot de cafés où l’on peut boire des boissons chaudes aux noms qui rappellent différents pays, et parmi lesquels on ne sait pas toujours choisir efficacement.

Par contre, une habitude étonnante des Coréens, c’est de boire chaque matin des cafés glacés. Même en plein hiver, chacun a le sien, sans crainte de refroidir de l’intérieur un corps qui peine déjà à se réchauffer à cause du dehors.

c’est pas mes affaires, ça m’regarde pas

Plus étonnant – certains pourraient louer cette habitude -, le respect des affaires des autres est extrêmement présent. Oublié ton téléphone sur un banc public ? Pas de panique, reviens le chercher ; surprise (pour nous seulement), il y est encore.

On pourrait même laisser la porte de sa chambre ouverte toute la journée que personne ne viendrait voler. Mais c’est sûrement lié à l’omniprésence des caméras de surveillance, partout partout partout, même dans le dortoir. D’ailleurs, attention aux caméras illégales dissimulées dans les toilettes publiques (des filles, évidemment).

les dents c’est pour la vie

C’est pour ça qu’il faut toujours se brosser les dents. Dans la rue en allant au travail, avant que le cours commence, dans les transports… c’est important. Il faut se laver les dents.

Palaces

N’imaginez pas des colonnades et des plafonds dorés, c’était juste des résidences impériales réparties dans Séoul.

Vols retour

J’ai aussi posé la question des millenials/du XXIe siècle : comment ça t’a fait grandir, qu’est-ce que ça t’a appris sur toi-même ?

Je m’attache à paraître, même un peu

La Corée est aussi un des pays où le recours à la chirurgie esthétique est le plus élevé. Les normes de beauté sont sans pitié, et elles sont très bien intégrées, à tel point que tout le monde est beau. Tout le monde fait attention et prend soin de soi, ce qui ne fait que renouveler la pression. Hanemone, qui en général n’a pourtant pas grand-chose à faire d’avoir les cheveux un peu sales ou de porter le même t-shirt que la veille, a vacillé devant autant de pression sociale.

C’est une pression qui fait se demander chaque matin devant son miroir si on est jolie, si on l’est assez, si ça ne dépasse pas trop, si c’est pas trop tape-à-l’œil…

Et paradoxalement, une indifférence générale règne dans l’espace public. On dirait qu’on peut tout faire dans la rue sans que les gens ne s’indignent, qu’on peut tout porter sans avoir de remarques. Ça questionne.

Je ne connais pas l’Ouzbékistan

Sur le campus d’Inha, il y avait beaucoup d’Ouzbeks, nationalité dont le pays n’est que peu médiatisé, et donc peu connu. Vous connaissez des clichés sur les Ouzbeks ? Il y a en une dont ça a piqué la curiosité.

Au final

C’était une expérience carrément chouette pour elle, et ça fait du bien à entendre (je vous jure qu’au téléphone on entend les étoiles dans ses yeux). Forcément, quand on sait que l’université se prête à des tournages de dramas et qu’elle a été le lieu d’études de quelques stars de la kpop, elle se pose là.