La danse du feu

photographie de plage déserte, le matin

Tous les ans au Grand Boucan, des troupes de danseurs précèdent la crémation du Roi Dodo.

Mais ce soir là était un drôle de soir. La lune était bien agitée et s’élevait dans le ciel à vue d’œil. Ce soir, l’on dansera avec le feu. Sur la place, autant d’artistes que de simples gens. Mais on venait de loin pour voir ce spectacle. On commença à faire tourner assiettes, bolas et cerceaux sur des airs immortels.

Parmi les spectateurs, l’enfant de la mer avait trouvé une place. S’endormant et se réveillant au son des vagues, il avait délaissé ce soir sa mer maternelle pour assister à la représentation.

Puis vint un groupe de cinq artistes, habillés étrangement. L’un tenait une grande perche, un autre un plus petit bâton. Un troisième avait deux balles aux bouts de deux chaînes. Les deux dernières avaient pour l’une un cerceau et pour l’autre deux sortes d’éventails de torches. On alluma la perche, le bâton, les balles, le cerceau et les éventails, puis la danse débuta.

Ce qu’il y avait de plus impressionnant, c’était de pouvoir ressentir la chaleur, et entendre le bruit à la fois doux et coupant des flammes. L’enfant de la mer ne put lâcher du regard la danseuse aux éventails. Ils devenaient ses ailes, puis un arc, puis une robe, pour revenir aux ailes, puis à l’arc, puis à la robe. C’était de toutes les danses la plus douce et la plus chaude. Quand cette enfant du feu approcha en dansant de l’enfant des eaux, celui-ci fit mine de regarder ailleurs. La mer était bien loin, il était complètement vulnérable. Après quelques minutes, toutes les danses s’achevèrent sur des gestes violents, tueurs des flammes.

Le Roi Dodo arriva lentement. On applaudit et on libéra la place, le spectacle était terminé pour l’enfant des eaux, lui qui n’avait toujours pas quitté l’enfant du feu des yeux, malgré l’arrivée du géant processionnaire qui se faisait déjà incendier. Il s’ approcha d’elle. Il ne put que lui dire quelques mots si insignifiants que les deux protagonistes ne s’en souviendront jamais. Il prit vite peur et s’en alla. Il est utile de rappeler que la mer était bien loin, et qu’il était complètement vulnérable.

Son océan retrouvé, l’enfant des eaux contempla la grosse colonne de fumée terminer son ascension, et emporter avec elle les cris de joie des spectateurs, pourtant déjà bien loin. Il plongea, on ne le revit que l’année suivante.