Édito ergo sum – 15/04/19 : Learn to fly

photo d'un avion sur un tarmac, par beau temps

[Pour apprendre à voler c’est ici]

Chaque début d’année ça recommence : j’appelle mes parents, et la question de savoir si je rentre les voir cet été revient. Avec raison, en partie, parce que c’est un truc qu’il faut prévoir : il y a des aides pour ça, et c’est plein de démarches pour lesquelles il faut être aguerri, organisé et anticipateur-rice (vous pouvez (re)lire notre édito du 21 janvier dernier pour vous en rendre compte). C’est un peu source de frustration, parce que ma capacité à me projeter est chancelante, et que j’ai la flemme de peser le pour et le contre à chaque fois. Alors pour couper la poire en deux, je me suis dite l’an dernier que je rentrerais un an sur deux. Un effort pour la planète et pour moi, histoire que mes aller-retours dans la vie ne se limitent pas à un voyage île/continent. 

Mais justement, c’est quand même un investissement de vouloir rentrer, alors que les prix pour aller ailleurs en Europe ou à l’étranger depuis la métropole peuvent être raisonnables. Du côté ultramarin, c’est pas la même chose : vous savez déjà peut-être que la vie est chère. Tout est cher, et ça comprend les voyages et prix des billets pour voyager dans les différentes zones géographiques des Outre-mers. Ça questionne.

S’ajoute à tout ça l’exhortation des médias au “et si on arrêtait de prendre l’avion” avec laquelle je peux être d’accord. Mais quand on vit à dix mille kilomètres de sa famille et qu’on planifie un voyage tous les deux ans qui va nous coûter la peau de euh… on n’est pas logé à la même enseigne que Patrick, trentenaire actif, qui se prend une semaine de vacances aux Pays-Bas.

Honnêtement, on a envie de crier à l’injustice. Et puis c’est juste bizarre aussi, de savoir que partir en métropole est plus abordable que partir dans les pays environnants. Comme si y’avait une priorité accordée aux voyages intérieurs (même si on a le droit de passer la douane, même si techniquement c’est un voyage intérieur hein) plutôt qu’à l’étranger.

Faisons du cas par cas  : un voyage Réunion-Maurice aller-retour (480€)* coûte aussi voire plus cher qu’un Réunion-Paris (1200 € à la même date chez AirFrance)* alors que d’un coté on fait un 241 km contre plus de 10 000 km. Beaucoup de Réunionnais n’ont jamais mis les pieds à l’île Maurice, alors qu’elle n’est qu’à 250 km de la Réunion. Pas mal d’efforts ont été fait de ce côté là de la part des compagnies aérienne, et il y a quelques années la première compagnie low-cost long courrier a ouvert une ligne Réunion-Paris. Ces différences de prix sont assez médiatisés pour que ça bouge.

Prenons un autre cas : le vol DOM vers DOM. Si on cherche à faire un vol Réunion-Guadeloupe aller retour, on devra payer plus de 2000 €*. Tout ça pour 13 000 km. Sans sortir de la France, au final. Vous me direz “c’est normal, ça fait beaucoup de distance”, certes. Mais comment on explique qu’un vol Pointe à Pitre-Cayenne coûte 934 €* alors que les deux villes sont séparées par 1000 km, en étant sur le même territoire national ? Les prix des billets n’incitent pas vraiment à l’interaction entre les DOM, ni même entre pays voisins. Ces différences de prix de billets d’avions est aussi du à l’affluence des vols. Forcément, par un rapport de polarisation, la Métropole attire. Bien plus que les pays avoisinants. Mais est ce qu’on peut dire que la différence entre le prix des billets provoque la “distance” culturelle entre nous (par nous j’entends les populations des DOM et les populations des pays voisins), ou est ce que c’est une conséquence de notre histoire qui provoque les différences de prix des billets ? Vaste question à laquelle je ne vais pas avoir la prétention de répondre, mais que je vais laissez comme ça pour vous, faites-en ce que vous voulez, plop.

Dans tous les cas, remettre en question cette distance avec nos voisins peut nous permettre d’envisager de nouveaux projets, de nouveaux rapports économiques. La dépendance économique à la Métropole s’illustre à la fois par les subventions et aides, mais aussi et surtout par les importations (de marchandises, de carburants, de matériaux, d’un peu de tout en fait) venant d’Europe. Repenser les rapports avec les pays des océans Indien, Pacifique et Atlantique, ça serait éviter les transports de marchandises inutiles (pour prendre un exemple, beaucoup de produit manufacturés sont construit en Asie, transportés par containers vers l’Europe puis redistribués vers les DOM) et donc limiter l’impact climatique global. Dans un autre registre, cela peut être l’occasion de promouvoir une même culture (comme avec le projet avorté du Musée des Civilisations, oui encore lui on l’aime bien) ou d’un même produit comme à travers le label Vanille Bourbon, qui permettrait d’enfin créer une culture de terroir dans les DOM. On peut aussi penser de manière plus libérale (berk) en créant des identités touristiques, avec l’association des îles Vanille, rassemblant les Comores, Madagascar, l’Ile Maurice, Mayotte, La Réunion et les Seychelles sous une même dénomination. Les interactions existent. Mais à mon avis elles sont juste mal exploitées. Alors qu’on gagne toujours à s’entraider.

*nos sources de prix : Air Austral, Air France, et Kayak, pour des aller-retours, et dans le cas d’une réservation de dernière minute la veille pour le lendemain